Maxime Dumont : « Au cœur des mutations »


21 février 2013


Le Secrétaire général de l’Union Fédérale Route, principale composante de la FGTE-CFDT nous livre sa vision militante. Sans renier les racines qui ont fait la force et l’originalité de l’action syndicale en France, Maxime Dumont prend acte de ses mutations et plaide pour une approche pragmatique de l’engagement.

Quinze années à la tête de l’Union Fédérale Route, comme Secrétaire général adjoint puis Secrétaire général, ont installé Maxime Dumont à un poste d’observation unique pour percevoir les évolutions irréversibles du syndicalisme et réfléchir aux nécessaires adaptations des structures, comme aux solutions susceptibles de les anticiper.

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Mais regarder l’avenir exige aussi de connaître l’Histoire pour comprendre les ressorts qui agissent encore aujourd’hui au sein du syndicalisme français. « Nous sommes les héritiers d’un syndicalisme qui s’est forgé dans la guerre et la résistance, explique Maxime Dumont. Le désir de changer la société était alors indissociable de tout engagement militant. Par la suite, dans un contexte de plein emploi, l’adhésion syndicale continua à s’inscrire comme un acte de conviction, d’où la palette des couleurs syndicales dans notre pays. »

Cependant, les menaces et les incertitudes poussent les générations suivantes vers une autre vision de l’engagement syndical. Un changement des mentalités, où l’adhérent ne s’enflamme plus pour la « grande lutte ouvrière et collective », envisageant de manière moins romantique et plus individuelle un engagement qu’il n’hésite pas à confronter au rapport avantage / inconvénient pour lui-même.

Faut-il y voir une évolution vers un syndicalisme à l’Allemande, aboutissant à la constitution de puissantes fédérations sectorielles (type IG Metall) qui dilueront bientôt toutes les étiquettes syndicales ? Un tel scénario ne convainc pas Maxime Dumont dont les mandats et missions qu’il assume au niveau européen lui font douter de ces projections.

Chaque adhérent est un militant qui, à lui seul, fait bouger une douzaine de gars

« L’Histoire a fondé en France le syndicalisme de tous les paradoxes, souligne Maxime Dumont. Nous avons le plus faible taux de syndicalisation d’Europe, pourtant notre capacité de mobilisation du salariat n’est égalée nulle part. Ailleurs, les grévistes sont toujours à limite de la loi, en France le droit de grève est inscrit dans la Constitution. Quand IG Metall signe avec le patronat, l’accord ne vaut que pour les adhérents IG Metall. Quand, nos fédérations signent une convention collective, cette dernière s’imposera à tous… »

Ces différences factuelles, et d’autres, ont façonné le particularisme du syndicalisme à la française et s’inscrivent dans les fondamentaux d’une culture difficile à rapprocher des cultures d’Europe du Nord. Leurs responsables syndicaux sont des professionnels de l’intérêt mutualisé des salariés et des gestionnaires d’adhérents, leurs actions posent une autre arithmétique qu’en France où les responsables sont tous des élus et des militants. « Chez IG Metall, un adhérent égal un adhérent, point ! ajoute Maxime Dumont. A l’UFR, chaque adhérent c’est un militant qui, à lui seul, fera bouger une douzaine de gars. »

Une affirmation d’autant mieux fondée que Maxime Dumont peut n’enorgueillir pour sa fédération d’un taux de syndicalisation dépassant les 12%, un chiffre bien supérieur à la moyenne nationale. L’Union Fédérale Route enregistre 2% d’adhésions supplémentaires chaque année, et représente aujourd’hui 48% des cotisants de la FGTE-CFDT.

En finir avec l’image du Père-noël des CE

La raison de ce dynamisme, le secrétaire général la trouve dans deux mots résumant l’état d’esprit qu’il veut incarner : émancipation et engagement ! « D’abord s’émanciper des vieux schémas, insiste Maxime Dumont. Ils nous nuisent plus qu’ils nous servent. Nous devons remodeler le visage des entreprises, et par conséquent être en mesure d’apporter une vision de ce que sera l’entreprise de demain, cela avant que le patronat nous impose la sienne. »

Maxime Dumont ne craint pas de lâcher le mot tabou de la cogestion qu’il considère comme inévitable au regard de l’évolution sociétale. Le salarié-actionnaire ne doit plus rester une vue de l’esprit, ou être perçu comme un compromis malsain, car il est déjà une réalité de fait. Cela signifie que l’actionnariat salarié, représenté comme tel dans les conseils d’administration, devra un jour bénéficier des mêmes droits que n’importe quel autre actionnaire dans la gouvernance d’une entreprise. Mais d’ici-là, l’élu salarié-actionnaire sera aussi sensibilisé et responsabilisé aux problématiques et aux contraintes de l’entreprise.

Parmi les vieux schémas, Maxime pointe les mauvaises motivations des candidats aux Comités d’entreprise, auxquels on fait miroiter quelques avantages matériels, une popularité gratifiante auprès des collègues, une relation personnelle et directe avec le patron, et le bonheur de jouer au Père-noël avec le budget du CE. Mais on oublie toujours de lui dire qu’il devra surtout endosser les procédures d’alerte, lire les rapports des experts, négocier des PSE douloureux et annoncer aux copains qu’ils vont être licenciés…

Nos DS doivent se former à l’économie, au management, à la lecture d’un Bilan, etc…

« C’est ici qu’intervient la notion d’engagement, précise Maxime Dumont. A l’Union Fédérale Route, cela se traduit par une charte à laquelle se conforment tous les Délégués Syndicaux porteurs d’un mandat. Certes, le DS connaît mieux que nous la réalité du terrain et les stratégies qu’il convient d’appliquer selon les circonstances dans leur entreprise, d’où sa grande autonomie garantie sous trois conditions énoncées par la charte.»

La première condition est, bien sûr, de ne pas agir en opposition avec la ligne fédérale et confédérale. La seconde condition lui interdit de signer un accord d’entreprise sans en avoir préalablement référé auprès de l’instance syndicale qui l’a désigné pour son mandat de DS. Sans l’aval de cette instance, l’accord ne sera pas valable et la fédération se réserve le droit d’attaquer la signature du DS, voire de le dé-mandater si besoin. La radicalité de la procédure se justifie comme un bouclier pour des Délégués Syndicaux subissant parfois des pressions brutales ou insidieuses des directions pour arracher leur signature. Le dispositif est brandi comme une arme de dissuasion contre ce genre de manœuvres.

« La troisième condition, c’est la formation ! proclame Maxime Dumont. Par-delà les formations syndicales classiques, j’ai voulu que nos DS soient aussi formés aux matières économiques, au management, à la lecture d’un bilan, au droit des affaires et aux techniques de gestion... » Autrement dit, Maxime Dumont entend diffuser auprès de ses militants un réflexe de compétences qui imposera, en face, un réflexe de respect.

Les salariés voulaient voir des visages, on leur a demandé de voter pour des logos

Toutes ces compétences constituent un plus dans les entreprises où le droit des salariés est solidement établi, mais deviennent un kit de survie pour les salariés précaires et dans certains business où l’employeur postule qu’une « bonne gestion » passe par le mépris du code du travail. Ces zones de précarités et de non droit s’observent surtout dans les TPE.

« 85% des entreprises dans lesquelles notre Union Fédérale est implantée totalisent des effectifs inférieurs à 50 salariés, rappelle Maxime Dumont. Cela signifie : pas de Comité d’entreprise, et pas toujours de Délégué du personnel. Résultat dans ces entreprises, les salariés n’ont aucun défenseur… sauf nous ! »

Pour répondre à cette problématique, Maxime Dumont a imaginé un maillage astucieux tissé, avec une approche pragmatique, sur tout le territoire national. Les adhérents isolées de ces petites entreprises sont formés dans les mêmes conditions que les autres et deviennent des têtes de pont de micros réseaux. Ils sont en lien permanent avec des hommes ressources qui sont leurs référents dans les instances syndicales locales. Ce maillage de proximité s’avère efficace. Il apporte aux adhérents isolés à la foi un soutien de militants solides et expérimentés, ainsi qu’un relationnel avec d’autres adhérents isolés partageant exactement les mêmes difficultés. Maxime Dumont a construit un modèle finalement assez proche des comités d’UES , dont le législateur aurait dû s’inspirer lorsqu’il a pondu sa loi sur la représentation des 4 millions de salariés des TPE qui ont boudé l’élection de décembre 2012.

« Je ne conclus pas au désintérêt des salariés pour leurs instances représentatives, réfute Maxime Dumont. Les malheureux 10% de participation à ces élections doivent être mis en perspective avec les 80% de participation, lors des dernières élections aux CE. Les salariés exigent la proximité et veulent voir des visages avant d’accorder leur confiance. Pour les élections de décembre, on leur a demandé de voter pour des logos, c’était ridicule ! »




Cabinet JANVIER & ASSOCIES












expert comptable CE

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