Jean-Michel Vivier : «Il sait lire dans le cerveau d’un patron »


Le 29 novembre 2012


Chauffeur chez le transporteur BREGER à Soissons, et délégué syndical FO, Jean-Michel Viviera profité de sa présence au congrès de Saint Malo pour livrer sa conception d’une bonne relation entre un défenseur des salariés et l’expert qu’il a mandaté.

Récemment, le comité d’entreprise de BREGER a voté une demande d’examen des comptes de l’entreprise. Pour cet audit, les élus ont mandaté le cabinet Janvier & Associés en application de l’article L2325-35 du code du travail. Jean-Michel Vivier justifie cette procédure par des doutes sur les comptes affichés et l’apparition de plusieurs signes inquiétants. Fort d’une longue expérience, la vigilance du délégué syndical a été mise en alerte par des manœuvres hélas bien connues.

                 Jean-Michel-Vivier
Jean-Michel Vivier est depuis longtemps un élu de CE très vigilant sur les comportements des employeurs. Son expérience l’a conduit à faire des experts un atout pour les salariés

« Cela a commencé par une filiale qui a fermé en Allemagne, raconte Jean-Michel Vivier. Puis nous nous inquiétons d’une augmentation des ruptures conventionnelles de contrat, visant notamment les conducteurs les plus anciens. » Pour lui, le doute n’est plus permis tous les signes avant-coureur d’un plan social se mettent en place. Le discours de la direction est déjà rodé, psalmodiant le refrain du travail à perte, de l’argent perdu à chaque tour de roue des chauffeurs et des prétendues marges négatives. Autant d’arguments devant lesquels Jean-Michel Vivier n’est pas dupe. Mais reste à prendre l’employeur en flagrant délit…

Le discours sur la compétitivité sert l’évasion fiscale et les plans sociaux
« C’est si facile d’aspirer les marges excédentaires vers des holdings, déplore Jean-Michel Vivier. Il suffit de les ponctionner avec des facturations non fondées ou excessives. La présence de SCI dans l’organigramme de BERGER conforte notre suspicion, encore faut-il pouvoir le démontrer. C’est ici que l’expert doit jouer le rôle que nous espérons de lui. »

Outre l’avantage fiscal sur des profits générés par les holdings en statut SCI, les facturations de ces fameux « frais de sièges » aspirent les marges des filiales rentables et justifient le discours dominant sur la non compétitivité des entreprises françaises, dont le coût du travail est un coupable facile et systématiquement fustigé. L’évasion fiscale et le dégraissage des travailleurs sont les deux objectifs véritables du désir de compétitivité et résultent d’un même mécanisme juridique et financier. Hélas cette mécanique est difficile à démonter.

Les astuces d’écritures, les flottements dans les imputations de comptes et certaines opérations exceptionnelles permettent de masquer habilement cette gestion des filiales « à l’étouffée »… Seul un audit sévère des comptes, par un expert compétent et pugnace dans l’exigence de certaines pièces comptables sensibles, peut alors rétablir la vérité économique d’une entreprise.
L’anticipation est la première arme du défenseur des salariés
« Cette compétence les représentants des salariés ne l’ont pas, admet Jean-Michel Vivier. Les dirigeants le savent et en profitent pour nous mener en bateau. C’est pourquoi nous avons besoins d’experts capables de faire jeu égal avec la direction sur le terrain de la compétence, mais aussi de faire preuve de pédagogie à notre égard afin de nous apporter des armes dont nous puissions vraiment nous servir. Après quoi, à nous d’informer la base avec nos mots ! »

Jean-Michel Vivier estime que l’action syndicale s’exercera à l’avenir de plus en plus sur le terrain des tribunaux, un domaine où les « bons gestionnaires » sont souvent pris à défaut. Il ne faut pas craindre de mener des actions juridiques divers et variées contre les dirigeants, à condition toutefois de sentir bien accompagner par des experts envers qui les élus pourront placer toute leur confiance; des experts au plus près de l’esprit militant des élus.

L’autre condition, c’est l’anticipation ! Ne pas attendre un suicide pour provoquer une expertise CHSCT. Ne pas attendre l’annonce d’un plan social pour déclencher le droit d’alerte des salariés. Ne pas attendre le pillage complet d’un site industriel pour alerter la justice sur les détournements et les abus de biens sociaux. « Notre exploitation rationnelle des outils apportés par l’expert se déploie en trois phases préventives, conclut Jean-Michel Vivier. Phase 1 : Informer de façon pertinente et étayée les salariés sur ce qu’on leur dissimule et prépare. Phase 2 : engager des actes et des procédures légales avant qu’il ne soit trop tard. Et brandir la menace de grève, qui n’intervient qu’en phase 3 de l’action préventive. »


Cabinet JANVIER & ASSOCIES












expert comptable CE

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