Le futur chef de file de la C.G.T. précise sa feuille de route


28 février 2013


En exclusivité, Thierry Lepaon nous confie l’état d’esprit dans lesquels il entend diriger son organisation et sa conception d’un engagement militant valant, selon lui, pour chaque syndiqué.

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Thierry Lepaon prendra ses fonctions de secrétaire général de la CGT, lors du 50ème congrès de la Confédération, qui se tiendra à Toulouse le 22 mars 2013.

Q : Thierry Lepaon, vous allez prochainement prendre la direction de la CGT. Quels dossiers vont mobiliser votre attention, quels seront les premiers actes du nouveau secrétaire général de la Confédération ?

TL : Les sujets sont nombreux et les attentes des salariés à l’égard du syndicalisme sont multiples. L’emploi, les salaires, les conditions de travail et la protection sociale sont ma préoccupation majeure. Notre syndicalisme doit être accessible et utile pour les salariés, être la première force syndicale ne suffit pas, il nous faut développer un esprit de conquête, permettre aux salariés d’obtenir des améliorations dans leur vie quotidienne.

Pour ces dossiers, quels modes de concertation et quelles méthodes de travail envisagez-vous avec les secrétaires généraux des fédérations CGT concernées ?

TL : La Confédération est constituée par ses fédérations et ses territoires. C’est l’ensemble qui fait la force de la CGT. Le dialogue, la concertation, doivent permettre de définir ensemble des objectifs et une stratégie syndicale capable de les mettre en œuvre. Notre force dépend de notre unité ! Il nous faut prendre le temps de la réflexion mais également de l’action, c’est l’ensemble qui nourrira notre démarche revendicative.

La participation aux élections des salariés de TPE n’a pas dépassé les 10%. En rapprochant ce chiffre avec le taux record atteint aux dernières élections professionnelles des CE et CHSCT, comment analysez-vous cet écart ?

TL : Quand une élection est organisée correctement, les salariés par leurs niveaux d’engagement à ces élections se montrent très attachés à leurs représentants syndicaux et le niveau de participation à ces élections avoisine les 70%. Même si les salariés des TPE ont pu pour la première fois voter spécifiquement pour l’organisation syndicale de leur choix, force est de constater que nous en sommes encore à l’âge de pierre de la démocratie sociale dans ces entreprises.

Durant toute la campagne des élections dans les TPE, la CGT n’a eu de cesse de protester contre les conditions dans lesquelles s’est déroulé ce scrutin : envoi des matériaux électoraux en retard, condition du vote par internet déficient voire impossible pour de nombreux salariés, absence totale de débat dans les grands médias y compris publics... Enfin, les choix mêmes du mode d’élection décidé par la majorité précédente n’étaient pas de nature à rendre lisible le sens de cette élection.

A ma connaissance, voici l’unique scrutin où il fut demandé aux salariés de voter sans élire personne ! En définitive, il fallait faire preuve de beaucoup de conviction pour participer à ces élections. C’est cette conviction qui, au passage, a placé la CGT largement en tête à cette élection avec un score de 29,5%, et 10% d’avance sur la deuxième organisation. Le gouvernement a annoncé qu’un bilan sera fait de cette élection. La CGT a beaucoup de propositions pour améliorer les conditions de ce scrutin.
Parmi elles, deux me paraissent essentielles :

  • - La possibilité de voter pour des listes et pas seulement pour un sigle.

  • - La mise en place de lieux de négociations attachés à des territoires dédiés aux salariés des TPE, avec donc des représentants élus.
Pour la CGT, les salariés des TPE doivent pouvoir bénéficier des mêmes droits que les salariés dotés d’Instances Représentatives du Personnel.

Alors que les plans sociaux tombent en cascade, les élus salariés sont confrontés à des obligations difficiles, à la fois légales et syndicales. Quels conseils et quels réflexes doivent, selon vous, adopter les élus d’une entreprise dès l’annonce d’un plan social ?

TL : Les plans sont tout, sauf sociaux ! Pour nos élus, les enjeux sont multiples. Essayer d’éviter le plus de suppressions d’emplois possibles. Accompagner au mieux ceux qui sont licenciés. Mais prendre aussi en considération ceux qui restent et qui, le plus souvent avec moins de personnes, sont obligés d’abattre encore plus de travail. Bien souvent d’ailleurs, le patron ou les actionnaires n’ont pas du tout réfléchi à l’organisation du travail après les suppressions d’emplois. Contester ce plan par le biais du CHSCT sur ces enjeux d’organisation peut se révéler très efficace. C’est ce que nous avons fait aux Salins du Midi il y a trois ans.

Souhaitez-vous plus de professionnalisation des élus des Comités d’entreprises et CHSCT, en matière de compétences juridiques et de gestion. Quelles sont vos recommandations ?

TL : Nos élus doivent avant tout être en phase avec la réalité du travail dans leur entreprise. Ils ne sont pas des porte-parole mais des passeurs de paroles ; des salariés qui mettent en jeu tous les jours leur intelligence, leur savoir-faire pour essayer de bien faire leur boulot. Nous faisons des formations de nos élus et mandatés mais la porte d’entrée de nos formations générales au CHSCT, c’est le travail, son contenu, son sens et son organisation.

Le code du travail autorise et invite les représentants des salariés à s’entourer d’experts pour analyser et anticiper les problèmes de leur entreprise. Dans le contexte actuel, la CGT incite-t-elle ses DS et DP au recours plus fréquent de ces expertises prévues par la loi ?

TL : Le rôle des experts est essentiel s’il est inclus dans la démarche revendicative du syndicat. Les experts, par leur posture extérieure et leur connaissance, peuvent beaucoup aider surtout si les expertises sont de proximité. C’est malheureusement ce qui est remis en cause avec l’accord du 11 janvier. Ceci dit, l’expert, quelle que soit sa qualité, ne remplacera pas la pratique syndicale en lien avec les salariés. Les experts du travail, ce sont les salariés avant tout.

Comment voyez-vous la relation des délégués aux CE et des délégués syndicaux avec leurs experts indépendants ?

TL : Les relations doivent découler de la démarche évoquée précédemment. Celui qui dirige toute la stratégie, c’est le syndicat après en avoir débattu avec l’ensemble des syndiqués. Nos élus comme les experts doivent être des outils au service de cette démarche.


Cabinet JANVIER & ASSOCIES












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