Le burn-out, une maladie professionnelle ?

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Telle est la question qui ne cesse d’être posée en ce moment. En effet, depuis les années 70 le burn-out est régulièrement cité pour figurer parmi les troubles de santé affectant le plus les salariés français. Dans ce cadre, nous pouvons nous demander si ce syndrome peut être reconnu en tant que maladie professionnelle. Aussi, avant d’en venir à ce débat, il convient de faire un retour sur cette notion complexe et les modalités qu’elle recouvre.

Le contexte

Si nous nous en tenons aux chiffres émanant d’une étude réalisée en avril 2014, 2.2 millions de décès dans le monde et par an toucheraient des salariés dans le cadre de leur travail. Cela reviendrait à 5000 décès par jour. Ces décès feraient suite à un accident du travail ou une maladie professionnelle. Concernant le burn-out, 3 millions de salariés français en seraient victimes, ce qui correspond à 12,6% des actifs selon une étude récente réalisée par le cabinet Technologia. Lorsque nous interrogeons ces victimes, ces dernières affirment avoir vécu ou vivre actuellement « un problème psychologique grave lié au travail » comme le précise l’organisme de formation et de conseil en ressources humaines Cegos suite à son sondage de novembre 2014. Ainsi, le rapport avec le travail est plus qu’évident lorsque nous parlons de burn-out.

Une définition du burn-out

C'est en 1969 qu'apparaît pour la première fois le terme « burn-out ». À partir de là, différentes dénominations, qui pourtant renvoient à la même problématique, sont apparues. Nous pouvons alors parler de « Burnout », de « Syndrome Burnout », d'« Epuisement professionnel », de « Syndrome d'épuisement professionnel » ou encore de « surmenage ». Ici, nous nous en tiendrons au terme générique qui est « Burn-out ».

Si nous proposons une définition littérale du terme burn-out, cela reviendrait à dire « brûler de l'intérieur ». Cela signifie donc que la personne victime de burn-out se consume de l'intérieur. Selon le site Burnout.info.ch spécialiste de la question, le burn-out serait « un état de fatigue émotionnel, mental et physique caractérisé par un manque de motivation et de performance après des mois ou voire des années de surmenage et de surenchère ». L'Organisation Mondiale de la Santé ajoute une dimension subjective au terme puisque selon elle, le burn-out se caractériserait par « un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail ». Le site Santé-médecine va dans le même sens en soulignant le vécu de l'individu, et en réaffirmant la place centrale du travail causant l'apparition du burn-out. Sa définition est la suivante : « forme de fatigue généralisée, physique et/ou morale, causée par le stress et l'anxiété secondaires à un travail vécu comme excessif ou trop difficile ».

Par conséquent, deux dimensions composent le burn-out : une dimension objective relative au travail et une dimension subjective propre à l'individu. En tout et pour tout, une personne victime de burn-out est une personne épuisée mentalement et physiquement car elle ne parvient plus à faire face à sa situation de travail. Les objectifs à atteindre ou les tâches à accomplir lui paraissent insurmontables, et elle est convaincue de son inaptitude.

À noter, tandis qu'au début, ce terme était employé pour désigner les relations d'aide (considérées comme très engageantes émotionnellement) dont les protagonistes étaient les médecins, infirmières, assistants sociaux ou encore les enseignants, cet état concerne à présent tout le monde, que ce soit les salariés ou les non-salariés. Par ailleurs, il faut garder en tête que tout le monde n’est pas égal face au risque de burn-out. En effet, certains arrivent à se protéger en dépit d’un contexte difficile, et d’autres n’y parviennent pas.

Les facteurs d’apparition du burn-out

Le burn-out ne trouve pas sa source dans le nombre d'heures réalisées ou la nature des tâches que doivent effectuer les salariés. Mais ce sont les interactions entre conditions de travail et caractéristiques individuelles qui font que les salariés sont victimes d’un burn-out. Deux types de facteurs font émerger le burn-out :

· Facteurs liés au travail (facteurs externes)

èorganisation du travail : management défaillant, absence de reconnaissance, charge de travail importante, pression par rapport aux délais à respecter, hautes responsabilités et manque de marges de manœuvre, pas de position pour la prise de décision, manque de clarté dans les objectifs, demandes contradictoires ;

èrelations de travail (entre collègues, avec l'encadrement, avec le public) : manque de coopération et/ou de soutien, manque de communication avec les collègues et/ou l'encadrement, conflits de valeurs, agressions verbales ;

èmilieu familial : lourdes responsabilités familiales, solitude.

èconditions de travail : augmentation de la productivité, exigences de plus en plus strictes, insécurité de l'emploi, délimitation des sphères de travail et hors travail (disponibilité constante).

· Facteurs liés à l'individu (facteurs internes)

ètype de personnalités (dénommés « burner », « high performer ») : favorisant la carrière, personne exigeante n'acceptant pas les échecs, perfectionniste, présentant une motivation excessive, trop grande importance accordée au travail, objectifs fixés irréalisables, besoin de satisfaire tout le monde, ignorer ses limites (en terme de travail mais aussi de santé) / forte réactivité au stress ;

èrapport au travail : sentiment d'inéquité et/ou d'un manque de réciprocité, sentiment d'être délaissé et de devoir tout surmonter seul ;

èadhésion aux valeurs sociales : développement personnel, source d'épanouissement, autopromotion à travers le travail.

Les manifestations du burn-out

En tout et pour tout, les manifestations du burn-out viennent affecter le salarié sur plusieurs niveaux : le physique, la psychologie, le comportement, la cognition et le psychisme :

· Sur le plan physique : troubles du sommeil, (insomnies, difficultés d’endormissement, prise de somnifères, fatigue qui demeure dans le temps, etc.), problèmes dermatologiques (allergies, psoriasis, démangeaisons, etc.), problèmes de digestion (crampes estomac), perte ou prise de poids, manque d’appétit, malaise cardiaque, douleurs (lombalgies, cervicalgies, tendinites, céphalées, etc.), vertiges, etc.

· Sur le plan psychologique : désengagement au travail, baisse de la motivation, sentiment de non-accomplissement, désillusion, désir de changer de métier, etc.

· Sur le plan comportemental : abandon interne (négligence vestimentaire) et externe (négligence des loisirs), isolement social, cynisme, conduites dangereuses, hyperactivité, etc.

· Sur le plan cognitif : troubles de concentration, pertes de mémoire, difficultés à prendre des décisions, prise de conscience du manque de performance, doutes sur soi-même, etc.

· Sur le plan psychique : découragement, irritabilité accrue, rumination, agitation, sentiment de vide, tristesse, peur, ennui, désespoir, idées noires, frustration, sentiment de persécution, angoisse envahissante, sentiment de panique, sentiment d’inutilité, hébétude, etc.

Les stades d’apparition du burn-out

Au niveau du cheminement qui aboutit à l’apparition du burn-out, quatre phases ont été relevées :

· Phase 1, le plaisir au travail : nous nous plaçons dans un cadre où le salarié est satisfait au travail, il a le sentiment d’être récompensé pour les efforts qu’il fournit au travail. Cette satisfaction l’amène à s’impliquer davantage, à persévérer dans les tâches complexes qu’il rencontre et à accepter les aspects négatifs de son activité.

· Phase 2, le surinvestissement : le salarié est dans ce contexte toujours aussi satisfait de son travail et motivé à le réaliser de la meilleure façon qu’il soit. Aussi, la différence avec la première phase est que le travail envahit peu à peu le salarié qui néglige alors ses besoins personnels. Pour exemple, ses heures de travail sont allongées, les signes de fatigue sont ignorés, ou encore il commence à ne plus participer aux sorties en famille. Il n’y a plus de frontière fixe entre la vie professionnelle et la vie personnelle.

· Phase 3, l’acharnement frénétique : tandis qu’il continue à s’investir dans son travail et ce, de manière excessive, le salarié n’éprouve pour autant plus aucun plaisir à réaliser son activité. Tout en même temps, il ne voit que les aspects négatifs de son travail.

C’est alors que l’anxiété vient atteindre le salarié, son estime de soi baisse au fur et à mesure, l’empathie envers autrui s’efface, et il peut aussi devenir agressif. Ce changement d’attitude apparaît également au sein de la vie personnelle.

· Phase 4, l’effondrement : de nombreux symptômes caractérisant l’émergence future d’un burn-out ne cessent de se répéter, et le salarié finit par « craquer » psychiquement, émotionnellement mais également physiquement. Cela peut s’illustrer par un abandon de poste, ou encore un passage à l’acte envers lui-même ou autrui. Le salarié, dans tous les cas, n’est plus en mesure de poursuivre son activité.

Les effets du burn-out

Un burn-out vient affecter le salarié qui se doit de retrouver une santé saine, physiquement et mentalement. Il doit également reprendre sa place au sein de l'entreprise, chose plus complexe. Il lui faut réintégrer un collectif et reprendre le cours de son activité sans craindre de retomber dans un burn-out. Il lui faut donc avoir recours à des stratégies différentes pour pouvoir se sentir bien au travail tout en fournissant un travail de qualité.

La rémission du salarié peut prendre du temps et cela affecte l'entreprise. En effet lorsque le salarié est en arrêt maladie, des frais sont engagés pour l'aider à se rétablir mais aussi pour combler son absence (recours à l'intérim, par exemple). Par ailleurs, elle reste endommagée lorsque le salarié revient car il ne peut fournir une performance aussi importante que celle qu'il fournissait auparavant. La productivité chute en conséquence. L'entreprise est d'autant plus touchée si le salarié est déclaré inapte et qu'il faut réembaucher (double frais). Si l'entreprise n'agit pas pour prévenir le burn-out, cette dernière pourrait se retrouver face à une augmentation de son taux d'absentéisme, son turn-over ainsi qu'une efficacité moindre de la part de ses salariés. En effet, en plus des pertes financières, l'image de l'entreprise est aussi dégradée.

Le parcours de reconnaissance

Alors que le burn-out n’était pas reconnu en tant que maladie professionnelle, un début de reconnaissance tente d’apparaître. Tout commence en mars avec Madame Choffel qui préconise un groupe de réflexion autour du thème des risques psychosociaux et notamment du burn-out. Ce qui la motive dans cette démarche est le suicide de son mari suite à d’incessantes sollicitations alors qu’il est en arrêt maladie pour burn-out. Cet acte de désespoir a été reconnu en tant qu’accident du travail par la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM). Dans ce cadre, elle insiste sur l’importance de reconnaître ce syndrome en tant que maladie professionnelle comme le font déjà certains pays européens.

Ce groupe de travail est alors mis en place au sein du ministère du travail et ce, jusqu’en mai. Il s’agissait de « clarifier ce que recouvre le burn-out dans l'objectif de donner des recommandations pour mieux prévenir ce syndrome. »

Suite à cela, deux amendements faisant mention de « pathologies psychiques [pouvant] être reconnues comme maladies d’origine professionnelle » apparaissent au sein du projet de loi relatif au dialogue social et à l’emploi, précisément le projet de la loi Rebsamen. Dès lors, la possibilité de faire reconnaître le burn-out à ce titre est mise en avant. Le coût de la reconnaissance incombant à l’employeur, Benoît Hamon député PS des Yvelines à l’origine de cette proposition espère alors que la prévention de ce syndrome sera mise en avant : « reconnaître la cause professionnelle de ce mal, c'est obliger les entreprises à payer pour les dégâts qu'elles engendrent sur la santé des salariés ».

Cependant, le Sénat vient récemment d’annoncer le contraire. Pour argumenter cette décision, il fut avancé que les maladies professionnelles étaient déclarées en tant que telles car elles étaient liées au poste de travail. Or, le burn-out est d’origine multifactoriel. Sa source peut par conséquent être extérieure au contexte de travail.

Ainsi, ce syndrome reste au fait qu’il ne peut être inscrit au tableau des maladies professionnelles et qu’il ne peut seulement être pris en compte par le système complémentaire de reconnaissance des maladies professionnelles. Dans ce cadre, le syndrome doit être diagnostiqué comme maladie par les Comités Régionaux de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (CRRMP) et ce, après avoir entraîné le décès du salarié ou une incapacité permanente partielle d’au moins 25%. Qui plus est, la victime ou ses ayants droits doivent rapporter la preuve d’un lien entre le burn-out et le travail. Points très délicats à assurer pour les salariés victimes, et sur lesquels le Sénat et notamment M. Rebsamen se sont déjà entendus.

Pour que votre burn-out soit reconnu comme une maladie professionnelle, il faut envoyer à la CPAM de votre secteur les pièces suivantes :

· Une déclaration que vous devez remplir sur un formulaire original intitulé « Déclaration de maladie professionnelle ou demande motivée de reconnaissance de maladie professionnelle » ;

· Un certificat médical indiquant la nature de votre maladie, notamment les manifestations constatées de la maladie ainsi que les suites probables. Votre médecin traitant, ou un médecin du travail, doit s’en charger, et vous remettre ce certificat en trois exemplaires ;

Un second certificat médical, constatant la guérison ou la consolidation de votre état de santé, ou indiquant les conséquences définitives de votre maladie. Votre médecin traitant, ou un médecin du travail s’en charge. Il doit vous remettre ce certificat en trois exemplaires.

Par ailleurs, d’autres critiques viennent consolider cette décision. En effet, le burn-out est un syndrome encore méconnu, tout autant que les victimes qui en résultent. À ce titre, il n’existe pas de définition médicale du burn-out. C’est pourquoi le Département des études et Statistiques du Ministère (DARES) a avancé qu’il ne disposait pas de « chiffres parce qu’il n’y a pas de définition scientifique consensuelle sur le burn-out ». De même, des confusions persistent entre les causes et les effets émanant de ce syndrome. La DARES justifie cela par le fait que les études menées restent concentrées sur les ressentis des salariés interrogés, et non sur des critères clairs et fiables : « toutes ces enquêtes qui ont été publiées portent sur le ressenti des personnes. C’est très flou. On ne sait pas trop ce que l’on mesure. Une vraie étude doit reposer des critères objectifs, comme l’exposition à tel ou tel facteur, et à quel niveau, etc. ». Pour y remédier, une enquête va être lancée à partir de 2016. Celle-ci sera menée entre la DARES et l’INSSE et portera sur les risques psycho-sociaux dont fait partie intégrante le burn-out. L’affaire du burn-out en termes de maladie professionnelle est donc encore à suivre…



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